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Conseils & Prévention

Antibiotiques : bien les utiliser aujourd'hui pour qu'ils marchent encore demain

Les antibiotiques ne soignent ni le paludisme ni les virus comme le rhume ou la grippe. Mal utilisés, ils perdent leur efficacité — pour vous et pour tout le monde. Consultation, respect de la prescription et refus des médicaments de provenance douteuse : les règles d'or tiennent en quelques gestes.

Une fièvre qui monte, une toux qui traîne, et la tentation est grande : acheter « quelque chose de fort » au marché ou reprendre les comprimés qui restaient de la dernière maladie. Ce réflexe, très répandu, paraît pratique et économique. Il est en réalité l'un des plus dangereux qui soient — pour la personne malade, et pour toute la communauté. Voici pourquoi, et surtout comment faire autrement.


Un antibiotique, ça soigne quoi exactement ?


Les antibiotiques sont des médicaments qui combattent les bactéries : ce sont eux qui permettent de guérir, par exemple, certaines pneumonies, certaines infections urinaires ou des plaies infectées. Ce sont des outils précieux, parfois vitaux.


Mais ils n'agissent que sur les bactéries. C'est là que beaucoup d'erreurs commencent :


• Le paludisme n'est pas soigné par les antibiotiques. Il est causé par un parasite transmis par les moustiques. Il se confirme par un test au centre de santé et se traite avec des médicaments antipaludiques prescrits par un professionnel. Prendre un antibiotique « contre le palu » ne guérit pas la maladie : on perd du temps pendant que le paludisme, lui, s'aggrave. • Le rhume et la grippe ne sont pas soignés par les antibiotiques. Ce sont des maladies virales. Un antibiotique n'y change rien : le nez qui coule, la toux et les courbatures guérissent le plus souvent seuls, avec du repos et de l'eau. La plupart des diarrhées passagères sont aussi d'origine virale.


Autrement dit : toute fièvre n'appelle pas un antibiotique. Seul un professionnel de santé peut déterminer si votre maladie est bactérienne, virale ou parasitaire — et choisir le bon traitement.


La résistance : quand les médicaments cessent de marcher


Quand on prend des antibiotiques sans en avoir besoin, à mauvaise dose ou pendant une durée trop courte, on n'élimine pas toutes les bactéries : les plus coriaces survivent, s'habituent au médicament et se multiplient. C'est ce qu'on appelle la résistance aux antimicrobiens.


Le résultat est grave et bien documenté par l'Organisation mondiale de la Santé : des infections autrefois faciles à soigner deviennent difficiles, voire impossibles, à traiter. L'OMS estime qu'en 2021, environ 4,7 millions de décès dans le monde ont été associés à des infections bactériennes résistantes. Et le mésusage — automédication, traitements interrompus, antibiotiques pris « au cas où » — est l'un des grands moteurs de ce phénomène.


Point essentiel à comprendre : la résistance ne concerne pas seulement la personne qui a mal utilisé le médicament. Les bactéries résistantes circulent, dans la famille, le quartier, l'hôpital. Chaque antibiotique mal utilisé affaiblit un peu le traitement de tous : celui de votre enfant, de votre voisin, de la femme qui accouche, du patient opéré. C'est un bien commun que nous protégeons — ou abîmons — ensemble.


Médicaments de la rue : ce que vous achetez n'est pas ce que vous croyez


Au bord des routes, sur certains étals de marché ou auprès de vendeurs ambulants, on trouve des comprimés vendus à l'unité, sans boîte, sans notice, sans ordonnance. Ils coûtent parfois moins cher que ceux de la pharmacie. Mais ce prix cache un pari très risqué.


L'OMS alerte sur les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés : des médicaments qui ne contiennent pas la bonne substance, pas la bonne quantité, ou des ingrédients dangereux. Selon ses estimations, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, environ un produit médical sur dix en circulation serait de qualité inférieure ou falsifié — et les circuits informels sont justement les plus exposés.


Concrètement, un médicament de provenance douteuse peut :


• ne pas soigner du tout (pas assez de principe actif, ou pas le bon) : la maladie continue d'évoluer pendant que l'on croit se traiter ; • rendre malade (substances toxiques, mauvaise conservation au soleil et à la chaleur) ; • nourrir la résistance : un antibiotique sous-dosé est exactement ce qu'il faut aux bactéries pour apprendre à survivre.


Un comprimé vendu à la sauvette n'a ni traçabilité ni contrôle de qualité. Impossible de savoir où il a été fabriqué, comment il a été stocké, ni même ce qu'il contient vraiment. Procurez-vous vos médicaments dans une pharmacie ou un centre de santé : c'est la seule façon d'avoir une chance raisonnable que le produit soit ce qu'il prétend être.


Les règles d'or du bon usage


Quelques habitudes simples suffisent à protéger l'efficacité des antibiotiques :


• Consultez avant de traiter. Fièvre, toux qui dure, plaie qui suppure : c'est au centre de santé qu'on détermine s'il faut un antibiotique, un antipaludique, ou simplement du repos. • Ne prenez un antibiotique que s'il vous a été prescrit, à vous, pour cette maladie-là. • Respectez la prescription à la lettre : la dose indiquée, aux heures indiquées, pendant toute la durée indiquée — même si vous vous sentez mieux avant la fin. Arrêter trop tôt laisse survivre les bactéries les plus résistantes. • Ne partagez jamais vos antibiotiques, même avec un proche qui semble avoir « la même maladie ». Ce qui convient à l'un peut être inutile ou dangereux pour l'autre. • Ne gardez pas les restes pour une prochaine fois. Si un traitement bien suivi laisse des comprimés en trop, rapportez-les à la pharmacie ou au centre de santé plutôt que de les stocker ou de les jeter dans la nature. • Ne réclamez pas d'antibiotique si le soignant vous explique que votre maladie n'en a pas besoin. Un bon professionnel qui dit non vous protège. • Prévenez plutôt que guérir : lavage des mains au savon, eau propre, aliments bien cuits, vaccinations à jour et moustiquaire réduisent les infections — donc le besoin d'antibiotiques.


Quand consulter


Rendez-vous dans un centre de santé sans tarder si :


• une fièvre est forte, dure plus de deux jours ou s'accompagne de frissons intenses, surtout chez un enfant, une femme enceinte ou une personne âgée ; • une plaie devient rouge, chaude, gonflée ou coule ; • une toux s'accompagne de difficultés à respirer ; • des symptômes reviennent ou s'aggravent pendant un traitement antibiotique bien suivi ; • vous pensez avoir pris un médicament de provenance douteuse et vous vous sentez mal.


À retenir : cet article informe, il ne remplace ni une consultation ni l'avis d'un professionnel de santé. En cas de doute ou de signe d'alerte, rendez-vous dans le centre de santé le plus proche.


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